Retour à tous les articles

Construire le conseil à l'emploi de demain grâce à l'IA

Publié le 16 September 2019

Comment nous intégrons l’IA au service de l’emploi ? L’intelligence artificielle offre de nouvelles opportunités pour améliorer les services rendus à nos publics. C’est un sujet qui peut aussi engendrer des craintes et de nombreuses interrogations.

Michel-Cottura.jpgL’IA va- t- elle remplacer l’humain? Va-t-elle avoir un impact sur le chômage ? Au sein de Pôle emploi, l’humain est au cœur de nos préoccupations.

C’est sur ce fondement que le programme « intelligence emploi » a été lancé, pour mettre l’intelligence artificielle au service de nos différents publics et de nos agents. Michel Cottura, chargé de ce programme à la Direction Générale de Pôle emploi, revient sur la manière dont l’intelligence artificielle se retrouve au cœur de nos projets.
 

L’utilisation de nos datas par les startups internes

Nous avons un patrimoine de données énorme composé d’historiques de demandeurs d’emploi, des données sur la relation, sur les contacts, sur les parcours …

Tout cela forme un terrain propice au développement de l’IA. Grâce au travail avec les startups internes, nous avons développé un algorithme prédictif capable de détecter les entreprises à fort potentiel d'embauche. C'est avec cette collaboration que nous avons réellement commencé à travailler avec l'Intelligence Artificielle. Nous travaillons sur l’intégration de l’IA à Pôle emploi depuis plus de 5 ans. Pour la deuxième année consécutive, Pôle emploi était sur le salon AI Paris.

 

Des agences spécialisées pour la donnée

Pas d’IA sans data ! Et pas de data sans maîtrise ! C’est un enjeu extrêmement fort. Dans la construction des solutions utilisant l’intelligence artificielle, nous avons une force de frappe importante grâce à la création d’un département "big data", d’un service "data lake" et de deux agences « data services ».
Plus de 60 personnes travaillent sur des sujets d’intelligence artificielle : elles réfléchissent, testent, mettent en place des POC (proof of concept) et construisent le socle de l’intelligence artificielle avec l’analyse sémantique, la détection visuelle ou les algorithmes prédictifs.

Priorité à l’éthique

Avant tout chantier technique, notre groupe de travail spécifique définit les limites éthiques à fixer au projet. Nous explorons tous les composants qui nous ouvrent de grandes perspectives et des espoirs.

 

 

 

La grande démarche de l’Etat : le projet Villani

 

Le rapport sur l’intelligence artificielle, rédigé par le mathématicien et député Cédric Villani, aborde différentes facettes de l’IA : politique économique, recherche, éthique, cohésion sociale et emploi. Nous avons été interrogé dans le cadre de ce rapport qui évaluait aussi la maturité des démarches des opérateurs publics. Nous avons recensé nos travaux en matière d’intelligence artificielle et avons pris conscience des initiatives prises sur la détection de la fraude ou la prédiction. Ces dernières constituent un patrimoine très intéressant sur lequel nous nous sommes basés pour fixer la prochaine étape : un passage à l’échelle avec une stratégie solide.


Construction d’une trajectoire

« Réussir le passage à l’échelle et gagner le challenge de l’IA en l’intégrant dans nos pratiques » : c’est avec cet objectif que nous avons gagné l’appel à projet lancé par le Fond de Transformation de l’Action Publique (FTAP).

Il s’agit d’une réelle transformation profonde de l’entreprise pour faire intégrer l’IA dans notre culture et dans nos pratiques, en termes de comportement et de fonctionnement. En aucun cas l’IA ne peut être dissociée de nos missions premières :

  • Accompagner les demandeurs d’emploi

  • En faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin

  • Offrir des services personnalisés les plus performants possibles.

L’humain reste au cœur de nos missions mais il n’est pas rare d’entendre des appréhensions quant à l’arrivée de l’IA dans une grande entreprise comme la nôtre.


« Quand est-ce qu'on va me remplacer par l’IA ?»

Il n’est pas rare d’entendre des appréhensions quant à l’arrivée de l’IA dans une grande entreprise comme la nôtre : l’humain reste au cœur de la mission de Pôle emploi. C’est une préoccupation forte et très présente qui amène à penser que la technologie va faire mieux que nous et va nous remplacer. Il faut se rassurer ! Nous prenons en compte les craintes car nous voulons créer une cohérence et embarquer l’ensemble des acteurs.


Les 3 axes du projet « intelligence emploi »

Commencé en janvier 2019, il est construit autour de trois axes d’amélioration :

  1. L’efficience au service du conseiller
  2. L’appui au recrutement pour les entreprises
  3. L’aide au diagnostic et à la prescription


L’efficience au service du conseiller

Actuellement, le conseiller déploie beaucoup d’énergie à rappeler des règles ou à informer sur des questions dont la réponse est disponible sur notre site. En 4 ans nous sommes passés de 5 millions de mails à traiter par an à plus de 35 millions. Nous souhaitons que le conseiller puisse consacrer un maximum de temps au service et à l’accompagnement de ceux qui en ont le plus besoin. L’IA peut permettre d’automatiser certaines réponses récurrentes avec des messages pré-écrits.
Précisons que le conseiller pourra choisir s’il active ou non cette fonctionnalité et qu’aucun mail ne sera envoyé automatiquement. Le but n’est pas de diminuer les effectifs mais de rendre au conseiller son rôle clé d’accompagnant.


L’appui au recrutement pour les entreprises

Pour les entreprises, nous pourrons proposer des briques permettant d’analyser le contenu de l’offre d’emploi et d’augmenter sa qualité. Il sera possible de dire à l’employeur que, selon les critères énoncés, il y a peu de demandeurs d’emploi directement employables sur son offre. L’outil pourra lui suggérer de modifier un aspect de la demande pour élargir le vivier.


L’aide au diagnostic et à la prescription

Pour les demandeurs d’emploi, cela concerne l’aide au diagnostic et à la prescription. Le conseiller a une très bonne connaissance du marché du travail mais il évolue en permanence. Avec toutes les informations dont nous disposons sur les parcours, nous pouvons analyser comment les profils se positionnent, comment une formation permet d’accélérer la recherche d’emploi. Au travers d'algorithmes, nous sommes capables d'analyser nos données et de savoir comment elles sont alimentées. Ceci, pour apporter un meilleur conseil. Ces axes sont des projets, pour le moment nous sommes dans une démarche de pas à pas.


Une culture de l’intelligence artificielle pour le conseil à l’emploi de demain ?

Pour amener toute une entreprise à penser IA dans les 3 prochaines années, il faut partir du principe que c’est une culture à acquérir. Chaque acteur doit trouver sa place : les RH, les métiers, les fonctions supports etc.

Comprendre sa finalité et son fonctionnement permettra à chacun d’avoir confiance en l’IA. C’est un atout indispensable pour transformer sa relation avec les entreprises et les demandeurs d’emploi. La compréhension de l’Intelligence Artificielle mène à la confiance. Elle est indispensable pour acquérir une culture profonde de l’IA au sein de notre entreprise.

Un grand pas est à faire dans l’accompagnement de nos agences sur l’utilisation de l’IA, ses limites et ce qu’elle apporte concrètement dans nos missions.

Mettre en place une démarche globale dans notre entreprise, c’est une façon d’apprendre comment le marché du travail va se transformer. Michel Cottura.

Alors prenons un coup d’avance et construisons l’emploi et le conseil à l’emploi de demain.